Bilan 2025 de l’emploi au Québec

juin 26, 2026

Tarifs américains : plus de peur que de mal pour l’emploi

  • Depuis 2023, le ralentissement économique et l’immigration accrue ont intensifié la compétition pour l’emploi, inversant le rapport de force qui favorisait les employés après la pandémie. La guerre tarifaire a maintenu ce rapport de force, quoique moins sévèrement qu’anticipé : le secteur manufacturier québécois, plus susceptible d’exporter aux États-Unis, a maintenu un niveau d’emploi stable (+0,4% entre décembre 2024 et 2025).
  • Ceci s’explique en partie par le fait que les tarifs ont été plus faibles qu’anticipé, que certains exportateurs ont réussi à trouver de nouveaux débouchés, mais aussi parce que les employeurs restent réticents à licencier une main-d’œuvre alors que des pénuries persistent dans certaines régions : seulement 0,1 % des manufacturiers québécois prévoient des licenciements en réponse aux tarifs américains en 2026.
  • En revanche, les industries fortement dépendantes du marché américain – ce qui inclut certains manufacturiers mais aussi la foresterie et l’industrie du film – s’avèrent plus vulnérables, avec une baisse de 5,1 % de l’emploi entre 2024 et 2025.
  • Cependant, si d’autres tarifs sont imposés, des entreprises jusqu’ici peu touchées pourraient se retrouver en difficulté, réduisant les opportunités d’emploi et fragilisant la situation des travailleurs.

Moins de chômeurs, mais aussi moins de création d’emplois

  • Entre décembre 2024 et 2025, l’économie québécoise a créé 41 100 emplois, soit moins qu’auparavant, tandis que la population active n’augmentait que de 30 600 personnes. Ce ralentissement, plus prononcé pour l’offre de travail que pour la demande, a permis de réduire le chômage de 10 500 personnes.
  • Sans véritable rebond économique qui aurait donné l’avantage aux travailleurs, cet alignement entre croissance démographique et économique a permis de stabiliser le taux de chômage général et celui des jeunes, tout en réduisant celui des immigrants permanents et temporaires.
  • Toutefois, ces chiffres ne reflètent pas une véritable vigueur économique : c’est principalement le secteur public qui a embauché (+3,1%), surtout dans l’enseignement, tandis que le secteur privé stagnait (-0,2%). À l’échelle canadienne, le secteur privé s’est montré plus dynamique (+1,4%).
  • Entre 2026 et 2029, la population en âge de travailler diminuera pour la première fois depuis plus d’un siècle, conséquence du vieillissement démographique, mais surtout de la baisse des seuils d’immigration permanente et du nombre de résidents non permanents. Ce recul pourrait faire basculer le rapport de force en faveur des travailleurs grâce à la raréfaction des candidats.
  • Dans ce contexte démographique, même une création d’emplois modeste suffira à maintenir un taux d’emploi stable, sans nécessairement refléter une économie vigoureuse.

L’IA n’a pas (encore) remplacé les travailleurs

  • L’IA suscite des craintes de remplacement des travailleurs et d’affaiblissement de leur rapport de force face aux employeurs, particulièrement chez les jeunes. Dans le secteur des TI, l’emploi des 15-29 ans a chuté de 10 500 postes depuis l’arrivée de ChatGPT en novembre 2022, alors qu’il augmentait chez leurs aînés. Cependant, comme cette baisse coïncide avec d’autres phénomènes – normalisation des effectifs post-pandémie et fin des crédits d’impôt – il est difficile d’établir une relation de cause à effet directe avec l’IA.
  • Le risque de remplacement par l’IA diffère fortement selon les secteurs. Les enquêtes sur les intentions des entreprises révèlent plusieurs cas de figure : les secteurs de l’information et de la culture (télécommunications, édition, cinéma) montrent une forte volonté d’adopter l’IA et d’automatiser les tâches humaines. À l’inverse, les services professionnels (gestion, comptabilité, architecture) manifestent un vif intérêt pour l’IA mais peu d’intention d’automatiser des tâches.
  • D’autres domaines comme l’hébergement, la restauration ou la construction ne témoignent d’un intérêt significatif ni pour l’IA ni pour l’automatisation. Ces secteurs, qui emploient près d’un travailleur québécois sur deux, semblent pour l’instant largement préservés de cette transformation.
  • D’ailleurs, 73% des entreprises affirment que l’IA n’a pas encore substantiellement réduit les tâches auparavant effectuées par les employés et n’a pas eu d’impact négatif sur l’emploi.

Pouvoir et frictions

  • Alors qu’au sortir de la pandémie on comptait moins d’un chômeur par poste vacant, en 2025, on en comptait 2,2, plaçant le marché de l’emploi à l’avantage des employeurs qui disposent désormais d’un plus grand nombre de candidats pour pourvoir leurs postes. Néanmoins, les divergences régionales sont importantes, avec nettement plus de candidats disponibles dans les grands centres urbains que dans les régions du Québec.
  • Malgré ce renforcement du pouvoir des employeurs, les salaires ont progressé plus vite que l’inflation, indiquant que les employés conservent néanmoins un certain pouvoir de négociation.
  • Les salaires ont progressé plus rapidement dans le secteur public (7,5%) que dans le privé (3,6%) entre décembre 2024 et 2025, reflétant un effet de rattrapage. Après avoir augmenté moins vite que l’inflation jusqu’à la fin de 2024, les salaires dans le secteur public ont connu une hausse soudaine en 2025 avec l’entrée en vigueur de nouvelles conventions collectives.
  • Ces ajustements ont généré d’importantes tensions sociales (1,3 million de jours-personnes perdus en arrêts de travail en 2025), principalement dans le secteur public (67 %).
  • Ces conflits résultent d’attentes contradictoires : d’un côté, des employés réclamant des compensations pour l’inflation et de meilleures conditions de travail ; de l’autre, des employeurs privés pressés par les taux d’intérêt, les tensions commerciales et l’incertitude, et un secteur public confronté à des restrictions budgétaires malgré des besoins croissants.

Que surveiller en 2026?

  • Tensions commerciales avec les États-Unis : Ralentissement possible des investissements et des embauches dans les secteurs exportateurs.
  • Politiques d’austérité vs investissements publics : Réduction des opportunités dans la fonction publique (gels de recrutement) mais création d’emplois pour la défense, la transition énergétique et la construction d’infrastructures.
  • Contraction démographique : La baisse de l’immigration pourrait réduire la compétition entre chercheurs d’emploi tout en aggravant les difficultés de recrutement des entreprises.
  • Accélération de l’automatisation par l’IA : Risque accru de substitution des travailleurs dans certains secteurs comme l’information et la culture, où l’adoption et la volonté d’automatisation sont fortes.
  • Évolution du rapport de force employeur-employé : Possible avantage pour les travailleurs avec la probable résurgence des pénuries de main-d’œuvre, mais persistance de tensions dans un contexte économique incertain.
  • Transformation des relations de travail syndiquées : Impact à surveiller des nouvelles lois adoptées en 2025 sur les grèves et la gouvernance.

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